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L'évolution
dans les techniques psychothérapeutiques procède de
l'évolution de la psychologie donc des mentalités
Nous
avons identifié quatre étapes dans l'évolution
de la psychothérapie.
La psychothérapie,
c'est-à-dire l'utilisation d'une technique psychologique
dont
le but, à l'origine
unique,
soit éradiquer des symptômes, a fait ses débuts
avec l'hypnose
[1].
D'abord en vogue à la fin
du XVIIIe siècle, cette technique fut reprise par les aliénistes durant la
seconde moitié du XIXe siècle pour le soulagement de ce que l'on appelait à
l'époque hystérie.
Au XXe siècle, l'évolution des
psychothérapies s'est faite en trois temps :
avant la seconde guerre mondiale et après
avec
une troisième
étape qui a pris toute son ampleur il
y a quelque trente ans suite aux changements dans les
mentalités au cours des années 1960-70.
A ce moment-là, l'approche éclectique
en psychothérapie commence à
être utilisée par ceux et celles
d'entre nous qui ont été formés
à l'étude et à l'application
non seulement des modèles théorico-pratiques
classiques mais aussi des nouveaux modèles
alors en pleine expansion.
Une quatrième
étape
est en voie de structuration car, d'une
part, phénomènes
sociétaux d'ampleur mondiale, à
l'opposé l'un de l'autre sur le spectrum des
conduites humaines, la recherche
de la sérénité
d'un côté et de l'autre, la gestion
du stress
sous toutes ses formes du stress
au travail à celui éprouvé par
les victimes
d'agressions,
d'attentats
et de
catastrophes
naturelles,
requiert un réajustement des techniques
psychothérapeutiques alors que, d'autre
part, les avancées extraordinaires
en neuro-bio-psychologie vont, fort probablement,
nous permettre à la fois de nous
conforter dans certaines de nos méthodes déjà
en cours et d'en inventer de nouvelles.
Première
étape
Jusqu'à la seconde guerre mondiale, il
n'y a que deux grandes théories psychologiquesqui
s'affrontent, l'une élaborée à partir de l'observation de cas cliniques
et inventée par un médecin, Freud,
la psychologie de
type analytique ou psychologie des profondeurs et l'autre basée sur
l'expérimentation animale et humaine, le behaviorisme,
inventé par un psychologue, Watson,
la part belle revenant, dans la pratique, à l'analyse quand comparée à la
thérapie behaviorale, les disciples de ces deux options théorico-pratiques
s'ignorant superbement excepté quand il s'agissait de stigmatiser l'autre,
brandir les lacunes de l' « adversaire » tant
dans l'élaboration
théorique que dans les résultats obtenus dans la pratique.
Une deuxième étape apparut après la seconde guerre mondiale.
Durant cette période, suite au traumatisme laissé dans tous les
esprits par la seconde guerre mondiale, on assiste alors à
l'éclosion d'une multitude de nouvelles théories expliquant l'être humain, non plus uniquement à
partir de ses états intérieurs, de son passé influençant son présent ou à
partir de ses comportements conditionnés ou non en termes de réponses à des stimuli externes et
internes, mais aussi en tenant compte de plusieurs facteurs jusqu'alors peu
ou pas étudiés,
parmi lesquels citons:
1) les
relations de la personne avec ses
milieux de vie, autant de systèmes en interaction entre
elle-même et ce
qui l'entoure, ces systèmes influençant sa façon d'être, penser, agir,
exprimer ses
souffrances, son mal-être selon le principe de
rétroaction [2]
alors que les façons dont elle
communique verbalement et non-verbalement
avec ces différents systèmes
sont passées au crible de modèles
théorico-pratiques idoines[3];
2) le
rôle déterminant des systèmes
de récompenses
et de punitions
selon des séquençages préférentiels
dans la détermination
des conduites
et leur modelage [4] et, dérivant du behaviorisme,
3) les fausses
perceptions et
les raisonnements
fallacieux sont
de même identifiés, étudiés
comme
autant de paramètres
influençant
tout en les conditionnant
les façons
de réagir puis d'agir de la personne vis-à-vis
du monde alentour[5].
On fit alors d'une pierre, deux coups : à la
fois, les psychologues et autres chercheurs étendaient ainsi le champ
d'investigation de l'être humain; mais, en même temps, on ne se cantonnait plus
uniquement dans la psychologie pathologique;
on s'intéressa aussi et
de plus
en plus à celle de la personne dite
normale aux prises avec elle-même et, ou avec le monde alentour.
Troisième
étape.
En conséquence de l'exploration
de ces nouveaux champs d'intérêt
par des professionnels venant de disciplines
différentes telles que la communication,
la médecine et la psychologie et
tous passionnés par l'être
humain pour
l' expliquer, donc le comprendre d'une part, dans sa normalité et,ou son anormalité et, d'autre
part, non plus uniquement en situation d'isolement
mais en interaction avec ses milieux de
vie, tout ceci
encore et toujours dans le but de lui venir en aide quand il
souffre ou qu'il désire améliorer son état, de multiples techniques
ont vu le jour,
leur nombre ne cessant de croître depuis une trentaine d'années
suite aux prises de conscience sociétales
des années
60-70 [6].
A l'heure actuelle, le vaste champ des techniques
psychothérapeutiques
n'est plus restreint à
l'utilisation de pratiques faisant intervenir uniquement la psyché
dans son état de déséquilibre;
il s'étend à celui
de pratiques s'appuyant de façon concomitante
1) sur la psyché
tant
dans son état normal que déséquilibré et
sur
le soma
tant
dans son état normal que souffrant,
les deux, psyché et soma, étant en
perpétuelles
interactions ( il est inutile de rappeler
ici qu'on ne peut scinder le cerveau
du reste du corps, le cerveau étant
l'une des parties de ce corps)
2) tout
en tenant compte des relations entre la
personne et ses milieux de vie
selon le principe de rétroaction[
2 et 3]
3) alors
que, phénomène
d'évolution dans les mentalités
oblige, on ne s'intéresse plus uniquement
à guérir des symptômes
mais aussi et concomitamment, à atteindre
un parfait bien-être et la
sérénité [7].
Quatrième
étape.
A ce phénomène sociétal
majeur concernant l'intérêt
que l'on porte à soi-même dans le dépassement de la souffrance et du mal-être
pour accéder à l'état de félicité, est
apparu un autre
phénomène qui va certainement
faire évoluer encore plus rapidement
la psychologie comme discipline scientifique
et donc, fort probablement, notre pratique en psychothérapie: c'est l'extrême
avancée dans les techniques d'imagerie
fonctionnelle [8].
Ces nouvelles techniques quand
appliquées à l'exploration du cerveau
sont en train de nous faire accéder à une connaissance des plus confondantes des
mécanismes de la pensée humaine et de sa formation, loci et bases biochimiques
qui
rendent compte de nos idées, y compris les plus
abstraites comme l'idée de croyance
et l'idée de désir, après avoir identifié
les loci et la chimie de notre
sensori-motricité, de nos émotions (colère, joie, tristesse), de nos besoins,
de nos comportements
d'apprentissages et,
entre autres fonctions cognitives, de la
mémoire, la motivation, l'attention.
L'approche cognitivo-bio-psychologique
de l'être humain en examinant ce qui se passe dans son cerveau va
mettre fin aux mystères de la formation de la pensée et aux élucubrations
phantasmatiques la concernant. Nous n'avons pas fini d'en apprendre sur nous-mêmes,
sans parler des avancées dans la recherche en génétique !
Le développement des connaissances en neuro-psycho-physiologie qui deviennent
une des sources d'explication scientifique de nos pensées et de nos attitudes
par des mécanismes physiologiques d'origine bio-chimique et électrique
donne naissance à une nouvelle approche de
l'être humain: ce qui va donner lieu à de nouvelles formes de thérapies.
En résumé,
sans oublier les techniques complémentaires, les quatre
modèles théorico-pratiques classiques [9]
utilisés en psychothérapie auxquels nous
ajoutons le modèle cognitivo-neuro-psychologique
qui est en train de se structurer,
chacun de ces modèles, par leurs apports à la
connaissance de la personne, dans tous ses états du sain au morbide, devraient
pouvoir se conjuguer entre eux et non s'ignorer les uns les autres car, au delà
d'une démarche heuristique commune, leur but
reste identique: parvenir à guérir, à
vivre mieux et, ou à bien vivre.
Le modèle "clinique"
[10]
appliqué en psychologie, modèle vieux de plus d'un siècle,
basé à la fois sur l'observation de la personne d'abord
dans son état pathologique puis dans
ses deux états, normal et pathologique, sur la réflexion
et sur l'expérimentation,
reste
un modèle plus vivant que jamais depuis la reconnaissance à leur
juste valeur des thérapies
cognitivo-behaviorales
et maintenant grâce aux extraordinaires avancées dans
l'exploration du cerveau dans son état physiologique normal ou atteint,
sans oublier bien entendu, la très
utile quand on veut se bien connaître,
sinon indispensable, quoique diversement
appréciée, analyse
en profondeur.
Par
contre ce modèle a
évolué
au fil des ans dans sa conception et ses
applications puisque l'on s'intéresse
autant à la personne psychologiquement
perturbée qu'à la personne
dite normale. En étendant son champ
d'investigation et de pratique du pathologique
au normal, la psychothérapie est
sortie de
sa sphère
essentiellement médicinale
mais restreinte des temps passés [11].
En parallèle à
ce modèle clinico-psychologique et l'accompagnant, depuis
une cinquantaine d'années, un modèle philosophico-psychologique,
d'essence humaniste-existentielle, lui-aussi
basé sur la réflexion
et sur l'observation
de la personne dans ses interactions avec
le monde extérieur et ses systèmes, a
été développé,
ce dernier modèle ayant donné
lieu à de nouvelles
techniques
[2
et 3].
D'intérêt
plus récent en Occident,
l'attrait pour les techniques
psycho-corporelles
plusieurs fois
millénaires,
venues d'Extrême-Orient, ne fait
que croître[6].
Plus
proche de nous encore, et malheureusement à cause
de la soudaine recrudescence dans le nombre des victimes
d'agression, de viols, d'attentats
aux mains de déséquilibrés,
hélas,
de plus en plus nombreux dans notre société
actuelle, notons
que l'approche
humaniste
centrée sur la personne, telle que développée
par le psychologue américain, Carl
Rogers, au lendemain de la seconde guerre
mondiale, modèle basé
d'abord
sur l'écoute,
le réconfort moral et l'attention
bienveillante, donc l'empathie,
quand il s'agit d'apporter un soutien psychologique,
retrouve toute la place
qu'on lui doit dans le catalogue des
modèles théorico-pratiques[12].
[8] Citons,
entre autres techniques d'imagerie fonctionnelle, la tomographie
par émission de positrons. En exemple, concernant l'idée la plus abstraite qui
soit, celle de la croyance, on vient d'apprendre suite aux travaux de
neurobiologistes que le degré de religiosité et donc la propension à croire en
un Dieu dépendrait, entre autres possibles neuromédiateurs participants, d'un
taux élevé de sérotonine libérée au niveau des synapses.
L'idée de Dieu donc n'existerait dans le cerveau humain que grâce à un taux
particulier d'un ensemble de neuromédiateurs, les conditionnements culturels,
donc de type cognitif,
faisant le reste dans la croyance en une puissance extra-terrestre. Voir, p.50
« Notre cerveau est programmé pour croire » Sciences et vie, n°1055,
août 2005.
[9]
analytique, behavioral, systémique,
humaniste-existentiel.
[10]
Le terme "clinique" est pris
ici, non pas dans son sens étymologique
de soins à une personne alitée,
mais dans le sens de l'intérêt
que l'on porte à chaque être
humain, en vue de lui apporter une aide.
[11]
Pour
aborder tous ses domaines d'investigation allant du psycho-physiologique
qui demeure certes, au développement personnel,
en passant par une foultitude de sphères, organisationnelle,
socio-professionnelle, conjoncturelle, cognitive etc...
.
[12]
Voir les écrits de Carl Rogers dont le célèbre
"Client-Centered Psychotherapy
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